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mai 29, 2012

La Sexualité en début de rétablissement

par meriza joly

 Arrêter de boire ou de consommer de la drogue pour un alcoolique-toxicomane est une chose et demeurer abstinent en est une autre. La sexualité et l’affectivité sont responsables de 70% des rechutes chez les  abstinents.

Cet article présente quelques uns des défis auxquels  la personne risque d’être confrontée en début de rétablissement.

Infos, trucs et conseils pour mieux passer au travers de la 1ière année de sobriété :

Quand une personne arrête de consommer, sa première année est remplie de premières fois. Plusieurs points communs définissent une nouvelle vie d’abstinence aux psychotropes par exemple: le travail, le logement, la santé physique, la situation financière, etc. Toutefois, le parcours amoureux et sexuels de chaque individu est différent depuis le début de sa vie. Les enjeux auxquels chacun est confronté demanderont des apprentissages différents. Par exemple :

Ceux qui arrêtent de consommer vivront une première année sous le signe du changement et de la redécouverte de soi et des autres. Pour plusieurs, la découverte d’une sensibilité nouvelle, d’une pudeur inconnue ou d’une difficulté dans sa communication avec les autres sera des domaines à explorer. Bienvenue chez les Terriens.

Là où auparavant la substance offrait un asile à la détresse, à l’ennui, à la colère ou la solitude, l’individu apprend à composer avec ces affects négatifs afin de ne pas retourner consommer.  C’est un défi énorme. Certains y arriveront avec courage et efforts mais d’autres abandonneront ou recommenceront le parcours à plusieurs reprises.

Le psychologue Dollard Cormier(1)  a proposé un modèle explicatif de la toxicomanie comme une façon pour l’individu de s’adapter à son environnement et aux divers évènements auxquels il est confronté.

…considérer la toxicomanie comme un mode d’adaptation privilégié, qui répond à un contexte existentiel donné. En se basant sur les principes de l’approche systémique, il pose l’alcoolisme comme un style de vie. Pour s’avérer efficace, toute intervention doit donc s’attarder aux différentes dimensions qui composent ce style de vie, soit les dimensions physiologiques, psychologiques et sociales.

Selon Cormier, l’usage des drogues sert à équilibrer les humeurs. Déprimé, stressé,  un peu de cocaïne? Un peu de ‘speed’ pour remonter le moral? Trop excité? Quelques bières ou comprimés vont calmer l’angoisse. En consommant ainsi, la personne n’a pas accès à ses tendances  dépressives, maniaques ou anxieuses et se retrouve tout à coup à devoir composer avec celles-ci  par de nouveaux moyens. Le même phénomène  est semblable au niveau de la sexualité.

Le désir sexuel

L’alcool est un désinhibiteur du comportement. Quelqu’un de  timide n’a plus aucune difficulté à sourire lorsqu’il consomme. Une autre qui n’aime pas son corps devient audacieuse et n’a plus de gêne à se montrer nue et à s’amuser au lit lorsqu’elle est en état d’ébriété.

Pour ceux et celles dont le désir était exacerbé par la prise de stimulant, il sera difficile de recommencer à vivre une sexualité à jeun. Celle-ci  comprendra l’apprentissage du désir sexuel et peut-être il y aura un deuil à faire des moments sexuels très ‘high’ lors de la sexualité sous psychotropes. Ce deuil est nécessaire car autrement, il restera toujours une réserve et une envie de retourner consommer. Cette situation est particulièrement très à risque au niveau de la rechute.

Concernant les femmes en particulier: certaines  femmes avaient du désir sexuel  instantanément en consommant de la cocaïne et maintenant, avoir le goût, désirer l’autre n’est plus automatique. Elles ne se reconnaissent plus et doivent apprendre à stimuler le désir chez elles.

Il y en a d’autres qui arrêtent de consommer et qui n’ont plus aucune vie sexuelle depuis longtemps et qui redécouvrent leur corps et les sensations physiques. Elles arrivent et commencent à se faire regarder comme une personne belle, intéressante, sexy et séduisante. Elles recommencent à s’habiller, à prendre soin de leur corps, à redécouvrir leur féminité, leur masculinité.

Il y a ceux et celles qui arrivent dans le programme après de nombreuses années de solitude affective et amoureuse. La bouteille était leur premier réconfort, grâce à elle, peu importe la solitude et l’isolement. La bouteille comblait ces besoins. Elles devront apprendre à connaître leurs limites, à communiquer, à s’affirmer et ne plus  fuir dans l’isolement.

D’autres sortent d’une relation ou d’une série de relation de couples minées par la chicane, la violence conjugale ou psychologique et qui ne savent pas comment en sortir. Leurs histoires confirment leurs croyances. Le doute et la méfiance peuvent continuer longtemps à nuire à leurs parcours amoureux.

Il y a aussi ceux et celles qui travaillaient dans l’industrie du sexe qui ne savent plus ce qu’est une relation équilibrée et respectueuse. Qui ne savent plus comment recevoir lors d’une relation sexuelle. On remarque chez certains hommes un grand questionnement  quant à leur orientation sexuelle. Bien que le sexe vendus surtout à des hommes a pu être sexuellement excitant, l’enjeu amoureux peut les troubler longtemps.

Finalement, il y a ceux et celles qui arrivent avec des traumatismes de l’enfance, violence, abus sexuels, négligence qui refera surface avec l’abstinence.

Parce que les gens n’arrivent tous aux  même niveaux, les besoins et les apprentissages ne seront pas les même.

Les alcooliques et les toxicomanes sont souvent extrémistes. Depuis quelques années, plusieurs études dans le domaine des dépendances ont démontrées que l’alcoolisme et la toxicomanie viennent souvent à plusieurs. Par exemple :

  • Redécouvrir le goût de plaire peut mettre à jour la séduction compulsive, le magasinage compulsif;
  • Redécouvrir les sensations physiques et avoir de  la difficulté à s’investir dans une relation amoureuse peut amener une dépendance sexuelle;
  • Vouloir être aimé à n’importe quel prix : de la dépendance affective
  • Devenir abstinent de sexualité : de l’anorexie sexuelle, outre-manger, «workolisme», etc.
  • Être habile sexuellement mais incapable de vivre l’amour peut mener à l’hypersexualité

Une addiction qu’elle soit à un produit ou à un comportement enferme la personne dans une dynamique à laquelle elle ne peut échapper qu’au prix de nombreux efforts.,

La séduction :

Chez les humains comme dans le monde animal, ce qui attire notre regard, c’est l’apparence physique : La couleur des cheveux, la couleur des yeux, la grandeur, le poids, les formes de son corps,  comment la personne se tient, ses mimiques fait partie du domaine non-verbal de la séduction.

Le deuxième niveau, c’est le niveau verbal : Le verbal nous donne beaucoup d’information sur l’état émotionnel d’une personne et sur sa capacité de s’affirmer. Est-ce qu’elle parle fort, rapidement ou son ton est posé? Le choix des mots aussi compte beaucoup, est-ce qu’ils sont valorisants , rassurant ou blessant? Est-ce que la personne parle toujours sur un ton de frustration, de colère? Le choix des mots peut attirer ou au contraire repousser les autres.

Les 2 niveaux dans le choix de partenaire sont d’égale importance et il faut apprendre à les développer. Avoir une attitude accueillante mais se négliger physiquement n’attisera pas l’envie ou le désir chez l’autre d’envisager une relation amoureuse. Choisir quelqu’un uniquement par son apparence physique peut être trompeur et il faut chercher plus. Devant ces informations, on peut regarder chez l’autre ce qui nous plaît ou nous rebute et parallèlement, essayez soi-même de développer des habiletés de séduction. Il n’est pas mauvais de choisir une partenaire bien pourvue et encore mieux si elle est tendre, accueillante et chaleureuse. Par-contre si la femme que vous choisissez est image de beauté de la femme idéale mais qu’elle est froide, distante et colérique, la qualité du désir sexuel et amoureux et la qualité même des érections risquent d’en être affectés avec le temps.

Une des composantes de l’amour, c’est l’admiration, si tu as honte de ton ou ta partenaire, la relation pourrait être vouée à l’échec.

 Les drapeaux rouges :

Il est super mais… Une abstinence nouvelle est fragile. Vous commencez à vivre vos émotions sans consommer, soyez vigilant dans vos choix amoureux. Certaines personnes ne sont pas faites pour vous et certains contextes pourraient nuire à votre rétablissement. Voici une petite liste de drapeaux rouges, n’hésitez pas à en rajouter à votre liste personnelle :

  • Quelqu’un qui batifole, les séducteurs compulsifs, les séductrices compulsives
  • Quelqu’un qui est non disponible
  • Quelqu’un qui dit ne pas être prêt pour une relation alors que c’est ce que vous souhaitez
  • De trop nombreuses histoires non réglés : loyer, travail, santé, etc.
  • Dénigrement, violence, malhonnêteté, etc.
  • Une personne qui aurait besoin de prendre de la médication mais qui ne le fait pas
  • Une personne engagée qui n’arrête pas de vous séduire
  • Une personne qui parle de ses anciens amoureux avec beaucoup de rancœur sans admettre ses responsabilités dans ce couple
  • Quelqu’un qui néglige ses responsabilités parentales

Manifester son intérêt :

La personne est à votre goût et vous êtes intéressé à la connaître mais vous avez la trouille. C’est ici que le courage prend tout son sens. Si votre estime de soi est faible, vous pouvez avoir tendance à abandonner avant même d’avoir commencé. Le manque d’estime de soi, c’est quand on a  des forces, des habiletés et des capacités mais que malgré tout, on se sent peu de chose. Soyez vigilant, n’abandonnez pas. Se faire dire non ce n’est pas se faire rejeter dans sa personne entière.

Quelqu’un manifeste son intérêt pour vous :

Vous n’êtes pas intéressé et ça vous met mal à l’aise. Si vous ne savez pas quoi répondre ou si vous avez tendance à répondre automatiquement et ensuite le regretter, vous pouvez prendre le temps d’y réfléchir. Quand on a peur de l’amour on fait souvent du sabotage. Se donner le temps d’y penser est tout à fait correct. Soyez vigilant face à vos motivations et soyez clair  et honnête quand vous lui direz. Prendre quelques heures ou quelques jours pour y penser avant de répondre est tout à fait correct.

Vous avez dit oui!

Restez calme, soyez vous-même et cessez de vous inventer des histoires rocambolesques dans votre tête!  Une première rencontre en privé est souvent stressante. Vous n’êtes pas à la confesse. Il n’y a aucune obligation de raconter votre vie de long en large et dans ses moindres détails. En plus d’être inapproprié, ça peut faire peur. Gardez-vous une petite gêne! Si vous noyez l’autre dans vos histoires sans lui donner l’occasion de placer un mot ou peu de mots, vous ne la reverrez peut-être plus. Une première rencontre est une occasion d’en savoir un peu plus sur l’autre : sports, loisirs, lectures, études, famille? Restez légers et donnez-vous le temps de vous apprivoiser. L’autre vous déclare tout de suite son intérêt? Permettez-vous de le dire si vous n’en êtes pas rendu à cette étape. Soyez honnête envers vous-même et envers l’autre.

  • Vous voulez seulement du sexe pour du sexe?
  • Vous souhaitez tenter une relation amoureuse?

Ne commencez pas une relation qui n’est pas en harmonie avec votre volonté car vous allez souffrir.

Ne commencez pas une relation intime en espérant qu’elle change avec le temps.

Votre temps est précieux, votre rétablissement l’est tout autant.

L’intimité  c’est d’être capable de se dévoiler et de vivre avec le silence de l’autre. C’est prendre une chance de dévoiler des choses qui ne se devinent pas.

Vous avez commencé à faire des activités ensemble et on dirait bien que vous vous enlignez vers une relation. Une discussion honnête s’impose :

Première relation sexuelle

Les Infections Transmissibles Sexuellement et par le Sang (ITSS): Si vous rencontrez quelqu’un et qu’il ou elle ne veut pas porter de condoms, vous vous exposez fortement à attraper une ITSS.

Prenons l’herpès comme exemple : 1/5 personne au Québec est porteuse du virus de l’herpès. Lorsque vous vous apprêtez à faire l’amour pour la première fois avec un ou une nouvelle partenaire, aimeriez-vous  savoir si elle a une ITSS? Si vous avez l’herpès, allez-vous lui dire avant d’avoir votre première relation sexuelle?

Vous commencez une vie sans consommer et vous  voulez devenir responsable? Si vous êtes porteur ou porteuse de l’herpès parlez-en à votre nouveau ou nouvelle partenaire avant votre première relation sexuelle. Si 1/5 personne a l’herpès, c’est possible qu’elle l’ait elle aussi, c’est possible qu’elle vous pose des questions et qu’elle accepte d’avoir des relations sexuelles protégées malgré votre herpès.

C’est possible aussi que la personne ne veuille pas continuer. Est-ce que c’est un drame? Non. Vous êtes porteur d’un virus, vous avez besoin de gens compréhensifs et supportant autour de vous. Aussi, vous avez une réputation à bâtir, il vaut mieux pour vous de vous faire connaître comme une personne responsable. Vous dormirez peut-être seul-e mais vous contribuerai à bâtir une estime de soi plus solide et vous dormirez mieux la nuit.

Vous commencez une relation amoureuse :

Quel genre de couples voulez-vous être? Quel genre de personne voulez-vous être en couple? Comment est-ce qu’on règle nos conflits? Dans le respect ou la discorde? Revoyez vos croyances. À quoi vous attendez vous de l’autre dans une relation? Qu’est-ce que vous êtes en mesure d’offrir? Soyez réalistes, n’essayez pas d’être parfaits.

Si vous traversez beaucoup de difficultés, n’hésitez pas à demander de l’aide et à aller consulter. Soyez des bons consommateurs, choisissez votre thérapeute avec soin. Déposer son histoire devant une autre personne va vous aider à changer de perspective, à aborder vos problèmes différemment et vous offrir une façon différente de faire qui respectera votre volonté. Faites attention de ne pas disperser vos problèmes de couple à tout vent. Soyez discret-es car plus vous en parlerez aux autres, plus vous aurez des suggestions contradictoires.

Souvent les gens consultent pour des difficultés relationnelles qui finissent par nuire à la vie amoureuse et sexuelle. Être en relation demande beaucoup d’efforts, de souplesse et souvent de beaucoup de courage. Ce n’est pas parce que vous êtes en rétablissement que c’est différent, c’est parfois parce que vous avez fui dans la consommation de nombreuses années et que vous n’êtes pas habitué de faire face aux émotions désagréables.

Si vous désirez consulter pour des difficultés sexuelles, plusieurs problématiques se traitent très bien. Par exemple : l’éjaculation précoce. C’est le problème numéro 1 chez les hommes et ça en est un qui se traite facilement. Si vous craignez d’entrer en relation à causes de ce trouble, venez consulter au lieu de rester seul. Si vous êtes déjà en couple, c’est encore mieux. Vous pourrez consulter en seul et parfois en couple. Plus on fuit un problème, plus il risque de nous empoisonner l’esprit.

Réminiscence d’abus sexuels :

Chez les alcooliques et les toxicomanes, le pourcentage de personnes abusées dans l’enfance est très élevé. La consommation a servie longtemps à endormir ces souvenirs douloureux et l’arrêt de consommation fera ressurgir ces abus sexuels. Il deviendra alors important de chercher de l’aide pour y faire face sans retourner consommer. Plusieurs organismes existent pour vous accompagner dans ce processus. Maintenant que vous avez décidé de vivre sans consommer, votre devoir envers vous-même est d’y faire face.

Quand on est confronté à des histoires reliées à l’enfance, on a tendance à les revivre avec l’esprit d’un enfant. Vous êtes maintenant des adultes et c’est avec des yeux et un esprit d’adulte que vous allez passer au travers.

Les schémas reliés à l’enfance:

Certains ont eu des enfances difficiles et viennent d’un milieu dysfonctionnel. Il faut être vigilant car lorsque ces schémas douloureux apparaissent, on peut avoir tendance à confondre la réalité avec nos schémas et confondre par exemple, la tyrannie avec  l’amour. La dépendance affective est très souvent reliée à l’enfance et celle-ci amène la personne à rester en relation malgré l’insanité et faire de la distorsion de la réalité pour accepter l’inacceptable. Choisir le rétablissement et l’abstinence c’est choisir de se remettre en question, c’est faire face à des émotions auxquelles on n’est pas habitué et de composer avec. Votre histoire ne s’effacera pas mais ses effets diminueront et ils cesseront de dicter votre vie. Prendre soin de soi c’est avoir la maturité de demander de l’aide et d’accepter de la recevoir.

Vivre sans consommer est un grand bonheur. Vous êtes libérés des obsessions et vous pouvez choisir une vie meilleure pour vous-même. Prenez soin de vous, vous êtes une personne importante. Vous commencez à vivre et vous allez devenir la personne que vous souhaitez être,  une personne qui vous ressemble et qui ne fuit plus son ombre.

(1) Cormier, D. (1984a). Toxicomanies : styles de vie. Chicoutimi : Gaëtan Morin Éditeur, 175 p.

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